L’analyse financière d’une entreprise nécessite des outils précis pour déchiffrer les mécanismes de création de valeur et identifier les leviers de performance. Dans ce contexte, les soldes intermédiaires de gestion constituent un instrument privilégié par les dirigeants, experts-comptables et analystes financiers. Ces indicateurs permettent de décomposer méthodiquement la formation du résultat net, depuis le chiffre d’affaires jusqu’au bénéfice distribuable, en passant par l’évaluation de la richesse créée et de l’efficacité opérationnelle.

La maîtrise du tableau des SIG représente aujourd’hui un enjeu stratégique pour toute entreprise souhaitant optimiser sa rentabilité et consolider sa position concurrentielle. Cette approche analytique révèle non seulement la performance économique réelle de l’organisation, mais offre également une vision claire des axes d’amélioration prioritaires. Construire un tableau SIG structuré devient donc essentiel pour piloter efficacement l’activité et convaincre les partenaires financiers de la solidité du projet d’entreprise.

Définition et structure comptable des soldes intermédiaires de gestion selon le PCG 2014

Cadre réglementaire des SIG dans le plan comptable général français

Le Plan Comptable Général français encadre la présentation des soldes intermédiaires de gestion sans pour autant les rendre obligatoires pour toutes les entreprises. Cette flexibilité réglementaire permet aux organisations d’adapter leur reporting financier selon leurs besoins spécifiques et leur secteur d’activité. Néanmoins, la standardisation proposée par le PCG 2014 facilite les comparaisons intersectorielles et renforce la cohérence des analyses financières.

Les modifications apportées par le règlement ANC n°2022-06, applicables depuis janvier 2025, modernisent la présentation des états financiers et impactent directement la construction du tableau SIG. Ces évolutions concernent notamment le traitement de la quote-part de subvention d’investissement, désormais comptabilisée en compte 747, et la suppression des transferts de charges d’exploitation. Cette actualisation réglementaire vise à améliorer la lisibilité des informations financières et à harmoniser les pratiques comptables françaises avec les standards internationaux.

Classification des charges et produits par nature dans l’annexe comptable

La construction du tableau SIG repose sur une classification rigoureuse des charges et produits par nature, extraite directement du compte de résultat. Cette approche méthodologique distingue les éléments liés à l’activité courante de ceux relevant de la politique de financement ou d’événements exceptionnels. L’organisation par nature permet d’identifier précisément l’origine de chaque flux financier et de mesurer l’impact de chaque fonction de l’entreprise sur la formation du résultat.

Les comptes de classe 6 (charges) et de classe 7 (produits) constituent la base de données fondamentale pour l’élaboration des SIG. Cette classification facilite l’agrégation des informations selon les besoins d’analyse et garantit la cohérence des calculs successifs. L’annexe comptable enrichit cette présentation en fournissant des détails complémentaires sur la composition de certains postes, notamment les provisions et les amortissements.

Architecture hiérarchique des neuf soldes intermédiaires normalisés

Le tableau des SIG s’organise autour de neuf indicateurs hiérarchisés, chacun apportant un éclairage spécifique sur la performance de l’entreprise. Cette architecture en

architecture en étapes successives permet de suivre, ligne par ligne, la construction du résultat net. On y retrouve notamment la marge commerciale ou la production de l’exercice, la valeur ajoutée, l’excédent brut d’exploitation (EBE), le résultat d’exploitation, le résultat financier, le résultat courant avant impôt, le résultat exceptionnel et enfin le résultat net. Chaque solde intermédiaire se calcule à partir du précédent, selon une logique de « cascade » qui facilite l’identification des zones de création ou de destruction de valeur.

Cette hiérarchie normalisée présente un double intérêt : elle rend les comptes plus lisibles pour les non-spécialistes et elle offre un langage commun aux dirigeants, banquiers, investisseurs et analystes. En pratique, vous pouvez lire le tableau des SIG comme une série de filtres qui viennent successivement isoler l’impact de la politique commerciale, de la structure de coûts, de la politique de financement puis des événements exceptionnels. C’est précisément ce cheminement progressif qui fait du tableau SIG un outil clé pour analyser la rentabilité d’une entreprise étape par étape.

Distinction entre les retraitements comptables et les retraitements de gestion

La construction d’un tableau des soldes intermédiaires de gestion s’appuie d’abord sur les données brutes issues de la comptabilité, mais elle nécessite souvent des retraitements. Il est essentiel de distinguer les retraitements comptables, encadrés par les normes, des retraitements de gestion, plus libres et orientés vers l’analyse économique. Les premiers visent à respecter le cadre réglementaire (par exemple, le reclassement de certains produits ou charges selon les prescriptions du PCG ou de l’ANC).

Les retraitements de gestion, eux, ont pour objectif de rapprocher les états financiers de la réalité économique de l’entreprise. On peut ainsi reclasser le personnel intérimaire dans les charges de personnel, retraiter les redevances de crédit-bail comme s’il s’agissait d’un emprunt classique, ou encore neutraliser des éléments non récurrents pour mieux apprécier la performance « normale ». Concrètement, vous partez du compte de résultat, appliquez les retraitements comptables nécessaires, puis ajustez certains postes pour obtenir un tableau SIG vraiment utile pour la décision.

Cette distinction est cruciale : un même tableau de SIG peut raconter deux histoires différentes selon que vous vous limitez au schéma comptable ou que vous intégrez une vision de gestion. Comme pour une photo retouchée, le but n’est pas de déformer la réalité mais de la rendre plus lisible, en isolant les éléments structurels de la performance des éléments conjoncturels ou exceptionnels.

Méthodologie de calcul étape par étape des soldes intermédiaires principaux

Détermination de la marge commerciale pour les entreprises de négoce

La première étape de construction du tableau des soldes intermédiaires de gestion consiste, pour les entreprises de négoce, à calculer la marge commerciale. Celle-ci mesure la différence entre le prix de vente des marchandises et leur coût d’achat, en intégrant la variation de stocks. Formellement, la marge commerciale se calcule ainsi : Marge commerciale = Ventes de marchandises – Coût d’achat des marchandises vendues, avec Coût d’achat des marchandises vendues = Achats de marchandises +/- Variation de stocks de marchandises.

Cette marge commerciale constitue le premier indicateur de performance économique : elle reflète à la fois votre politique tarifaire, votre pouvoir de négociation vis-à-vis des fournisseurs et votre capacité à maîtriser les coûts d’approvisionnement. Vous pouvez la rapporter au chiffre d’affaires HT pour obtenir un taux de marge commerciale, très utilisé pour comparer votre entreprise au reste du secteur. Une baisse de ce taux sur plusieurs exercices doit vous alerter : faut-il renégocier les achats, revoir les prix de vente, ou repenser la gamme de produits ?

Pour affiner encore l’analyse, il est pertinent de calculer la marge commerciale par famille de produits, voire par référence stratégique. Comme un commerçant qui examine la rentabilité de chaque rayon de son magasin, vous identifiez ainsi les segments qui tirent la performance et ceux qui la pénalisent. Dans votre tableau des SIG, la marge commerciale apparaît en tête de colonne, immédiatement après les ventes de marchandises, et servira de base à la construction de la valeur ajoutée.

Calcul de la production de l’exercice et valorisation des stocks de production

Pour les entreprises industrielles, artisanales ou de services facturant des honoraires, l’indicateur de départ n’est pas la marge commerciale mais la production de l’exercice. Celle-ci agrège trois composantes : la production vendue, la production stockée et la production immobilisée. La formule de base est : Production de l’exercice = Production vendue +/- Production stockée + Production immobilisée. Cette construction permet de mesurer l’activité de production sur la période, indépendamment du seul chiffre d’affaires.

La production stockée correspond à la variation de stocks de produits finis et en-cours : si le stock final est supérieur au stock initial, on parle de stockage (contribution positive à la production de l’exercice) ; dans le cas contraire, il s’agit de déstockage. La production immobilisée, elle, traduit les travaux réalisés par l’entreprise pour elle-même (développement d’un logiciel interne, construction d’une machine pour la production, etc.). Ces éléments doivent être évalués au coût de production (matières, charges directes, quote-part de frais indirects) et non au prix de vente.

La qualité de la valorisation des stocks est un enjeu majeur : une variation artificiellement élevée de la production stockée peut gonfler le résultat de l’exercice tout en masquant une baisse du volume des ventes. Lorsque vous construisez votre tableau SIG, il est donc recommandé de suivre, sur plusieurs périodes, la part de la production stockée dans la production de l’exercice. Si cette part augmente régulièrement, posez-vous la question : assiste-t-on à une vraie montée en puissance de l’activité, ou à une accumulation d’invendus qui pèsera demain sur les marges et la trésorerie ?

À partir de la production de l’exercice, vous pouvez ensuite calculer la marge brute de production : Marge brute de production = Production de l’exercice – Coût d’achat des matières premières consommées. Cet indicateur, équivalent de la marge commerciale pour les entreprises productrices, met en lumière l’efficacité de votre politique d’approvisionnement et votre capacité à absorber la hausse éventuelle des prix des matières premières dans vos prix de vente.

Évaluation de la valeur ajoutée et répartition de la richesse créée

Une fois la marge commerciale (ou la marge brute de production) déterminée, l’étape suivante consiste à calculer la valeur ajoutée. Cet indicateur central des soldes intermédiaires de gestion mesure la richesse brute créée par l’entreprise grâce à son activité. Sa formule classique est : Valeur ajoutée = Marge commerciale + Production de l’exercice – Consommations de l’exercice en provenance de tiers. Par consommations de l’exercice, on entend principalement les charges de classes 60, 61 et 62 (achats consommés, sous-traitance, loyers, honoraires, énergie, etc.).

La valeur ajoutée est souvent analysée comme le « gâteau » à partager entre les différents partenaires de l’entreprise : les salariés (salaires et charges sociales), l’État (impôts et taxes), les financeurs (intérêts et dividendes) et l’entreprise elle-même (autofinancement). En pratique, un niveau de valeur ajoutée trop faible par rapport au chiffre d’affaires signale une structure de coûts externes lourde, une marge commerciale insuffisante, ou un mix-produit défavorable. À l’inverse, une valeur ajoutée élevée ouvre des marges de manœuvre pour augmenter les salaires, investir ou renforcer la trésorerie.

Dans votre tableau SIG, la valeur ajoutée occupe une place stratégique, car de nombreux ratios en sont dérivés : taux de valeur ajoutée (VA / CA), part des salaires dans la VA, part des impôts et taxes, etc. Vous pouvez ainsi visualiser la répartition de la richesse produite et la comparer aux standards de votre secteur. Si, par exemple, la part des charges de personnel dans la valeur ajoutée dépasse nettement celle des concurrents, cela peut traduire une organisation trop gourmande en main-d’œuvre, ou au contraire, une politique salariale plus généreuse à assumer par ailleurs.

Mesure de l’excédent brut d’exploitation avant charges financières

L’excédent brut d’exploitation (EBE) prolonge la logique de la valeur ajoutée en retranchant les impôts et taxes ainsi que les charges de personnel, tout en incluant les éventuelles subventions d’exploitation. La formule de référence est : EBE = Valeur ajoutée + Subventions d’exploitation – Impôts, taxes et versements assimilés – Charges de personnel. Cet indicateur mesure le flux potentiel de trésorerie généré par l’activité courante, indépendamment des choix de financement, des amortissements et des événements exceptionnels.

Dans la pratique, l’EBE est l’un des soldes intermédiaires de gestion les plus scrutés par les banques et les investisseurs, car il reflète la capacité de l’entreprise à dégager des ressources récurrentes. Un EBE durablement négatif signale une insuffisance brute d’exploitation : la structure même de l’activité ne permet pas de couvrir les salaires et les impôts à partir de la valeur ajoutée. Les causes possibles sont variées : marge commerciale trop faible, charges fixes trop élevées (loyers, frais généraux), masse salariale disproportionnée par rapport au niveau d’activité, etc.

Vous pouvez également rapporter l’EBE au chiffre d’affaires pour obtenir un taux d’EBE, très utile pour comparer la rentabilité opérationnelle à celle d’autres entreprises du même secteur. Dans un contexte de hausse des coûts (énergie, matières premières, salaires), suivre l’évolution de ce taux d’une année sur l’autre permet de vérifier si les ajustements de prix ou de productivité suffisent à préserver la rentabilité. En résumé, si la valeur ajoutée mesure la taille du gâteau, l’EBE indique ce qu’il reste une fois rémunérés le travail et l’État.

Analyse du résultat d’exploitation après dotations aux amortissements

Le résultat d’exploitation prolonge l’analyse en intégrant les effets de la politique d’investissement et de la gestion des actifs. Il se calcule à partir de l’EBE en ajoutant les autres produits d’exploitation (dont, depuis 2025, la quote-part de subvention d’investissement comptabilisée en 747) et en retranchant les autres charges d’exploitation ainsi que les dotations aux amortissements et provisions : Résultat d’exploitation = EBE + Autres produits d’exploitation + Reprises sur provisions – Autres charges d’exploitation – Dotations aux amortissements et provisions.

Alors que l’EBE ne tient pas compte de l’usure ou de l’obsolescence des immobilisations, le résultat d’exploitation enregistre ces phénomènes via les amortissements. Il est donc plus sensible aux choix de durée d’amortissement et au volume d’investissements. Une entreprise très capitalistique pourra avoir un EBE confortable mais un résultat d’exploitation plus modeste en raison des dotations importantes ; l’inverse est possible pour une structure légère en actifs. C’est pourquoi il est pertinent d’analyser simultanément EBE et résultat d’exploitation, plutôt que de se focaliser sur un seul indicateur.

Dans votre tableau des SIG, le résultat d’exploitation marque une frontière importante : il synthétise la performance de l’activité « cœur de métier » avant de prendre en compte la politique de financement (charges et produits financiers) et les événements exceptionnels. Une dégradation du résultat d’exploitation, alors que l’EBE reste stable, peut révéler une politique d’investissement plus agressive, une augmentation des provisions pour risques ou une hausse des autres charges d’exploitation. Là encore, la comparaison pluriannuelle et sectorielle vous aidera à distinguer un investissement stratégique d’un problème de rentabilité structurelle.

Construction pratique du tableau SIG avec les comptes de classe 6 et 7

Extraction des données depuis le compte de résultat par nature

Sur le plan pratique, construire un tableau des soldes intermédiaires de gestion revient à reclasser méthodiquement les comptes de charges (classe 6) et de produits (classe 7) du compte de résultat. La démarche la plus courante consiste à partir d’un compte de résultat présenté par nature, tel que prévu par le PCG, puis à regrouper les comptes dans les agrégats du tableau SIG : marge commerciale, production de l’exercice, valeur ajoutée, etc. De nombreux logiciels comptables proposent aujourd’hui un module d’édition automatique des SIG, mais il reste utile de comprendre la logique sous-jacente pour vérifier et interpréter les résultats.

Concrètement, vous allez regrouper les comptes de ventes de marchandises (707) et de production vendue (701, 702, 703…) dans la partie « chiffre d’affaires / production de l’exercice ». Les achats consommés (607, 601…), les variations de stocks (6031, 6037) et les charges externes (61 et 62) alimenteront la marge commerciale, la marge de production et la valeur ajoutée. Les comptes de personnel (64) et d’impôts et taxes (63) serviront au calcul de l’EBE, tandis que les dotations aux amortissements et provisions (68) viendront impacter le résultat d’exploitation.

Pour gagner en efficacité, il est recommandé de construire un tableau de correspondance entre les numéros de comptes et les lignes du SIG. Ce mapping pourra être réutilisé chaque année, ce qui limite les risques d’oubli ou de mauvais classement. Vous pouvez par exemple créer un onglet dédié dans un tableur, où chaque compte (ou groupe de comptes) est associé à un agrégat du tableau SIG. De cette façon, l’actualisation annuelle de votre tableau se fera en quelques clics, tout en gardant la main sur les retraitements de gestion que vous souhaitez appliquer.

Traitement des charges exceptionnelles et des produits exceptionnels

Les charges et produits exceptionnels occupent une place particulière dans le tableau des soldes intermédiaires de gestion. Ils sont regroupés dans un solde spécifique, le résultat exceptionnel, calculé de manière autonome : Résultat exceptionnel = Produits exceptionnels – Charges exceptionnelles. Il s’agit d’éléments non récurrents, qui ne relèvent ni de l’exploitation courante ni de la politique financière : pénalités, amendes, dédommagements, opérations de restructuration, etc.

Depuis les récentes évolutions du PCG, certaines opérations autrefois qualifiées d’exceptionnelles sont désormais rattachées à l’exploitation, notamment les cessions d’immobilisations corporelles et incorporelles (comptes 757 et 657). Le résultat exceptionnel se trouve ainsi recentré sur les événements vraiment inhabituels. En construisant votre tableau SIG, il est important de respecter ces nouvelles règles de classement, sous peine de fausser l’analyse de la performance d’exploitation et du résultat courant avant impôt.

Sur le plan de la gestion, vous pouvez aller un peu plus loin que la stricte présentation comptable en documentant le détail des principaux éléments exceptionnels : nature de l’opération, caractère ponctuel ou récurrent, impact sur la trésorerie. Cela vous permettra de relativiser un résultat net très positif dopé par une plus-value de cession, ou au contraire un déficit essentiellement lié à une charge exceptionnelle non récurrente. Poser systématiquement la question « cet élément se reproduira-t-il l’an prochain ? » est une bonne pratique pour ne pas surinterpréter le résultat exceptionnel.

Intégration de l’impôt sur les bénéfices et des participations salariées

Une fois déterminé le résultat courant avant impôt, puis le résultat exceptionnel, il reste à intégrer l’impôt sur les bénéfices (compte 695) et la participation des salariés (compte 691) pour aboutir au résultat net. Dans la logique des soldes intermédiaires de gestion, ces éléments sont présentés en aval, car ils ne relèvent ni de l’exploitation ni de la politique de financement, mais de la répartition du résultat. La formule de synthèse est la suivante : Résultat net de l’exercice = Résultat courant avant impôt +/- Résultat exceptionnel – Impôt sur les bénéfices – Participation des salariés.

Pour une analyse de gestion plus fine, certains praticiens choisissent de reclasser la participation des salariés parmi les charges de personnel, afin de l’intégrer au calcul de l’EBE. Ce retraitement se justifie lorsque la participation présente un caractère récurrent et directement lié à la performance économique ; il permet alors de comparer plus aisément des entreprises avec des systèmes de rémunération différents. Dans votre tableau SIG « officiel », vous respecterez néanmoins la présentation comptable, en faisant apparaître la participation après le résultat courant avant impôt.

L’impôt sur les bénéfices, de son côté, dépend à la fois du niveau de résultat et du régime fiscal de l’entreprise (impôt sur les sociétés, impôt sur le revenu, taux normal ou réduit, etc.). Dans une optique de pilotage, il est intéressant de suivre son poids relatif sur plusieurs exercices et de simuler son évolution en fonction de différents scénarios de rentabilité. Là encore, le tableau des SIG vous offre un cadre structuré pour visualiser l’impact fiscal des décisions d’investissement et de financement.

Calcul final du résultat net comptable distribuable

Le résultat net comptable constitue l’ultime solde du tableau des soldes intermédiaires de gestion. Il représente l’enrichissement (ou l’appauvrissement) de l’entreprise sur la période, après prise en compte de toutes les composantes : exploitation, politique financière, événements exceptionnels, impôts et participation des salariés. Ce résultat net doit, par définition, coïncider avec celui présenté au bas du compte de résultat. Le tableau SIG ne modifie donc pas le montant final, mais il en explique la formation étape par étape.

Sur le plan juridique, le résultat net sert de base à la répartition du bénéfice : dotation à la réserve légale, distribution de dividendes, mise en réserve facultative, report à nouveau. Sur le plan de la gestion, il vous permet de mesurer la part de la richesse créée qui reste effectivement à disposition de l’entreprise, après rémunération de tous les partenaires. C’est également à partir de ce résultat que l’on peut calculer, avec quelques ajustements, la capacité d’autofinancement (CAF), indicateur clé de financement des investissements futurs.

Lorsque vous construisez votre tableau SIG, n’hésitez pas à rapprocher le résultat net de certains soldes intermédiaires (EBE, résultat d’exploitation, résultat courant avant impôt) pour identifier les principaux leviers de variation. Par exemple, un résultat net en forte baisse alors que l’EBE reste stable peut s’expliquer par une hausse des charges financières ou une charge exceptionnelle importante. Inversement, une amélioration du résultat net sans progression notable de l’EBE pourra traduire un effet fiscal favorable ou une baisse temporaire des charges d’intérêts.

Ratios de performance financière dérivés des soldes intermédiaires

Une fois votre tableau des soldes intermédiaires de gestion construit, l’étape suivante consiste à en extraire des ratios de performance financière pertinents. Ces ratios, calculés à partir des principaux soldes (marge commerciale, valeur ajoutée, EBE, résultat d’exploitation, résultat net), permettent de comparer l’entreprise à elle-même dans le temps et à son secteur d’activité. Ils offrent une vision synthétique de la rentabilité, de la structure de coûts et de la capacité de l’entreprise à générer de la trésorerie.

Parmi les indicateurs les plus utilisés, on retrouve :

  • le taux de marge commerciale : Marge commerciale / Chiffre d’affaires HT, qui mesure la rentabilité brute des ventes de marchandises ;
  • le taux de valeur ajoutée : Valeur ajoutée / Chiffre d’affaires HT, qui indique la richesse créée par rapport au volume d’activité ;
  • le taux d’EBE : EBE / Chiffre d’affaires HT, qui évalue la performance opérationnelle avant amortissements et charges financières ;
  • le taux de résultat d’exploitation : Résultat d’exploitation / Chiffre d’affaires HT, qui intègre l’effet des investissements ;
  • le taux de résultat net : Résultat net / Chiffre d’affaires HT, qui mesure la rentabilité finale.

Pour aller plus loin, vous pouvez analyser la répartition de la valeur ajoutée : part des charges de personnel (Charges de personnel / VA), part des impôts et taxes (Impôts et taxes / VA), part revenant aux financeurs (Charges financières / VA) et part conservée par l’entreprise (Résultat net / VA). Cette approche, parfois présentée sous forme de graphique, répond à une question simple : « À qui profite la richesse créée par l’entreprise ? ». Elle est particulièrement utile dans les discussions stratégiques avec les partenaires sociaux, les actionnaires ou les banquiers.

Enfin, certains ratios dérivés des SIG éclairent directement la capacité d’autofinancement et la solidité financière. Par exemple, le rapport EBE / Annuité de remboursement des emprunts permet d’évaluer la marge de sécurité pour honorer les dettes financières ; le ratio Résultat courant avant impôt / Capitaux propres renseigne sur la rentabilité économique des capitaux engagés. Plutôt que d’accumuler des dizaines d’indicateurs, mieux vaut sélectionner une poignée de ratios clés, suivis régulièrement, qui répondront aux questions stratégiques que vous vous posez : l’entreprise est-elle suffisamment rentable, solvable et résiliente face aux aléas ?

Analyse comparative sectorielle et benchmarking des SIG par secteur d’activité

Les soldes intermédiaires de gestion prennent tout leur sens lorsqu’ils sont replacés dans un contexte sectoriel. En effet, un taux de marge ou de valeur ajoutée ne s’interprète pas de la même façon dans le commerce de détail, l’industrie ou les services numériques. C’est là qu’intervient le benchmarking des SIG : comparer vos marges, votre EBE ou votre taux de résultat net aux moyennes de votre secteur pour évaluer votre position concurrentielle. Cette comparaison peut s’appuyer sur des études professionnelles, des bases de données sectorielles ou les statistiques publiées par les organismes publics et les banques.

Concrètement, vous pouvez rapporter chaque solde intermédiaire de gestion au chiffre d’affaires et le confronter aux normes sectorielles. Si votre taux d’EBE est inférieur de plusieurs points à la moyenne de votre secteur, il sera utile de remonter la chaîne des SIG : la faiblesse vient-elle de la marge commerciale, du poids des charges externes, de la masse salariale ? À l’inverse, un EBE supérieur à la moyenne mais un résultat net inférieur peut signaler un endettement trop important ou une charge fiscale élevée. Le benchmarking vous aide ainsi à cibler les leviers d’amélioration prioritaires.

Cette approche comparative présente aussi un intérêt lors de l’élaboration d’un business plan ou d’une demande de financement : en intégrant un tableau des SIG prévisionnels et quelques ratios clés alignés sur le secteur, vous démontrez la cohérence de vos hypothèses et la crédibilité de votre modèle économique. Les investisseurs et banquiers sont particulièrement sensibles à ces indicateurs, car ils offrent une lecture rapide de la performance attendue. En vous posant régulièrement la question « Où me situe-je par rapport aux meilleurs de mon secteur ? », vous transformez le tableau des SIG en véritable outil de pilotage stratégique.

Enfin, n’oubliez pas que le benchmarking des SIG reste un point de départ et non une fin en soi. Une entreprise peut volontairement afficher des marges plus faibles que la moyenne pour conquérir des parts de marché, ou au contraire viser une rentabilité supérieure en se positionnant sur un segment premium. L’essentiel est de comprendre d’où vient votre performance, comment elle se compare à celle du secteur, et quelles décisions concrètes vous pouvez prendre pour la renforcer dans la durée.