# Méthode simple pour le calcul des amortissements dégressifs
L’amortissement dégressif représente l’un des leviers fiscaux les plus efficaces à la disposition des entreprises françaises pour optimiser leur stratégie d’investissement. Cette méthode comptable, encadrée par le Code général des impôts, permet de déprécier plus rapidement les actifs immobilisés durant leurs premières années d’utilisation. En concentrant les charges d’amortissement sur le début de la durée de vie d’un bien, vous bénéficiez d’un allègement fiscal immédiat qui améliore significativement votre trésorerie. Cette approche s’avère particulièrement pertinente dans un contexte économique où la modernisation des équipements industriels et informatiques impose des renouvellements fréquents. Comprendre les mécanismes de calcul de l’amortissement dégressif devient alors essentiel pour toute entreprise souhaitant maximiser ses avantages fiscaux tout en respectant scrupuleusement les normes comptables en vigueur.
Définition et cadre réglementaire de l’amortissement dégressif en france
Le système fiscal français offre aux entreprises deux principales méthodes d’amortissement des immobilisations : le mode linéaire et le mode dégressif. Cette distinction ne relève pas d’une simple préférence comptable, mais constitue un choix stratégique avec des implications financières majeures. L’amortissement dégressif se caractérise par l’application d’annuités décroissantes calculées sur la valeur résiduelle du bien, contrairement à l’amortissement linéaire qui répartit uniformément la dépréciation sur toute la durée d’utilisation. Cette méthode accélérée répond à une logique économique : certains équipements perdent rapidement de leur valeur opérationnelle durant leurs premières années d’exploitation, notamment en raison de l’obsolescence technologique ou d’une utilisation intensive initiale.
Article 39 A du code général des impôts : fondements juridiques de l’amortissement dégressif
L’article 39 A du Code général des impôts constitue le texte fondateur encadrant l’amortissement dégressif en France. Ce dispositif législatif définit précisément les conditions d’éligibilité et les modalités de calcul applicables aux entreprises soumises à l’impôt sur les sociétés ou à l’impôt sur le revenu dans la catégorie des bénéfices industriels et commerciaux. La réglementation impose notamment que les biens concernés soient neufs lors de leur acquisition et qu’ils présentent une durée d’utilisation minimale de trois ans. Cette exigence légale vise à garantir que seuls les investissements significatifs bénéficient de cet avantage fiscal.
Différences comptables entre amortissement linéaire et dégressif selon le plan comptable général
Le Plan Comptable Général établit une distinction fondamentale entre ces deux modes d’amortissement, tant dans leur philosophie que dans leur application pratique. L’amortissement linéaire repose sur un principe de constance : chaque exercice comptable supporte une charge identique, calculée en divisant la valeur du bien par sa durée d’utilisation. À l’inverse, l’amortissement dégressif applique un taux constant à une base décroissante, générant ainsi des annuités naturellement dégressives. Cette différence méthodologique engendre des écarts significatifs en matière de résultat fiscal et de trésorerie disponible, particulièrement durant les premières années suivant l’acquisition.
Actifs immobilisés éligibles à la méthode dégressive : machines, équipements industriels et matériels informatiques
La législation fiscale française délimite strictement le périmè
tre des actifs éligibles à l’amortissement dégressif. Sont notamment concernés les matériels et outillages utilisés pour des opérations de fabrication, de transformation ou de transport, les matériels de manutention, les installations productrices de vapeur, de chaleur ou d’énergie, ainsi que les équipements de sécurité et à caractère médico-social. Le législateur inclut également les équipements informatiques (ordinateurs, serveurs, réseaux, périphériques) et la plupart des machines de bureau modernes, qui se caractérisent par une obsolescence rapide. En pratique, cette liste vise les immobilisations techniques et industrielles dont la performance et la valeur économique décroissent plus vite en début de cycle de vie.
Pour qu’un actif immobilisé puisse bénéficier de la méthode d’amortissement dégressif, il doit être neuf au moment de son acquisition et destiné à être utilisé de façon durable dans l’entreprise, généralement au-delà de trois exercices. Les biens affectés à la recherche scientifique ou technique bénéficient même, dans certains cas, de coefficients majorés, afin d’encourager l’innovation. Vous l’aurez compris : si votre entreprise investit régulièrement dans des machines industrielles, des équipements de production ou des parcs informatiques, l’amortissement dégressif constitue un outil puissant pour aligner votre comptabilité sur la réalité économique de ces actifs.
Exclusions légales : bâtiments, véhicules de tourisme et immobilisations d’occasion
À l’inverse, de nombreuses immobilisations sont explicitement exclues du champ d’application de l’amortissement dégressif. C’est le cas, en premier lieu, des bâtiments et constructions classiques (bureaux, entrepôts, locaux commerciaux), dont la dépréciation est réputée plus régulière dans le temps. Les véhicules de tourisme et la majorité des camionnettes de faible charge utile ne peuvent pas non plus faire l’objet d’un amortissement dégressif et doivent être amortis selon le mode linéaire. Cette limitation vise à éviter un usage abusif du dispositif pour des biens à usage mixte ou privé.
Les immobilisations d’occasion constituent une autre catégorie exclue, sauf rares exceptions (matériels intégralement rénovés par le fabricant, biens acquis dans le cadre d’une fusion ou d’un apport d’entreprise, par exemple). La raison est simple : le législateur réserve l’amortissement dégressif aux investissements productifs neufs, qui participent directement au renouvellement du tissu productif. Enfin, certains équipements spécifiques comme les escalators, une partie du mobilier de bureau ou certains matériels commerciaux demeurent soumis à des règles particulières et restent amortis en linéaire. Avant de retenir la méthode dégressive, il est donc indispensable de vérifier systématiquement l’éligibilité du bien au regard des textes fiscaux en vigueur.
Calcul du coefficient dégressif selon la durée d’amortissement
Au-delà de la simple éligibilité des biens, la clé de l’amortissement dégressif réside dans le calcul du coefficient à appliquer au taux linéaire. Ce coefficient dégressif, fixé par l’administration fiscale, dépend exclusivement de la durée normale d’utilisation retenue pour l’immobilisation. Il permet de transformer un taux d’amortissement linéaire « classique » en un taux dégressif plus élevé les premières années. En pratique, trois tranches de durée structurent ce dispositif, avec des coefficients de 1,25, 1,75 et 2,25. Comment choisir le bon coefficient et l’appliquer correctement à vos immobilisations ?
Application du coefficient 1,25 pour les immobilisations amortissables entre 3 et 4 ans
Lorsque la durée d’amortissement d’un bien est comprise entre 3 et 4 ans, l’administration autorise l’utilisation d’un coefficient dégressif de 1,25. Concrètement, vous commencez par déterminer le taux linéaire, en divisant 100 par la durée d’utilisation (par exemple 100 / 4 = 25 %), puis vous multipliez ce taux par 1,25 pour obtenir le taux dégressif (soit 31,25 % dans notre exemple). Ce mécanisme permet d’accroître modérément la charge d’amortissement sur les premières années, tout en conservant un profil de dépréciation relativement équilibré.
Ce coefficient est particulièrement adapté aux biens à durée de vie moyenne, comme une partie du matériel de bureau, certains outillages techniques ou des équipements informatiques plus robustes. Pour vous représenter ce fonctionnement, imaginez une rampe d’escalier : le mode linéaire correspond à des marches toutes identiques, tandis que l’amortissement dégressif avec un coefficient de 1,25 introduit des marches un peu plus hautes au départ, puis de plus en plus basses. Vous obtenez ainsi un amortissement fiscal légèrement accéléré sans pour autant créer de fortes distorsions sur les dernières années.
Coefficient 1,75 pour les durées d’amortissement entre 5 et 6 ans
Pour les immobilisations dont la durée d’utilisation se situe entre 5 et 6 ans, le coefficient dégressif passe à 1,75. Cette catégorie concerne une large gamme de biens industriels et d’équipements de production, dont l’usure économique est à la fois significative et relativement rapide. Sur un bien amorti sur 5 ans, le taux linéaire serait de 20 % (100 / 5). En appliquant le coefficient 1,75, on obtient un taux dégressif de 35 %, qui permet de constater une dotation très importante dès la première année.
Dans la pratique, ce coefficient 1,75 est fréquemment utilisé pour les machines industrielles, les lignes de production, certains équipements logistiques ou encore des parcs informatiques stratégiques. L’effet sur votre résultat fiscal est immédiat : une partie significative du coût du bien est déduite au moment où il génère généralement le plus de productivité. Pour une PME ou une ETI, ce différé d’imposition améliore la capacité d’autofinancement au moment où les besoins en trésorerie sont les plus élevés.
Coefficient 2,25 pour les biens amortissables sur une période supérieure à 6 ans
Lorsque la durée d’amortissement excède 6 ans, le coefficient dégressif atteint 2,25, soit le niveau le plus élevé prévu par la réglementation. Ce cas se rencontre pour des immobilisations lourdes : certains matériels industriels complexes, grandes installations techniques, équipements de production d’énergie ou infrastructures spécialisées. Sur un bien amorti sur 10 ans, par exemple, le taux linéaire serait de 10 % ; multiplié par 2,25, le taux dégressif grimpe à 22,5 % la première année.
On observe alors un effet « turbo » sur les dotations d’amortissement des premières années, ce qui se traduit par une réduction d’impôt substantielle à court terme. Cependant, cette accélération implique mécaniquement des dotations plus faibles en fin de période, lorsque le bien est encore utilisé mais que sa valeur nette comptable est déjà fortement réduite. Il est donc essentiel, avant de retenir un coefficient aussi élevé, de vérifier que votre entreprise dispose d’un pipeline d’investissements régulier, afin de ne pas voir remonter trop brutalement sa base imposable lorsque ces amortissements auront été consommés.
Calcul de la valeur résiduelle comptable à chaque exercice fiscal
Le fonctionnement concret de l’amortissement dégressif repose sur la notion de valeur résiduelle comptable, également appelée valeur nette comptable (VNC). À la clôture de chaque exercice, la VNC correspond à la différence entre le coût d’acquisition du bien (prix d’achat et frais accessoires) et le cumul des amortissements déjà pratiqués. C’est sur cette base résiduelle que vous appliquez le taux dégressif, et non plus sur le prix d’origine comme en mode linéaire.
On peut comparer ce mécanisme à un glaçon qui fond progressivement : chaque année, vous retirez une partie du glaçon (l’annuité d’amortissement) et, l’année suivante, c’est sur la taille restante du glaçon que vous appliquez le même pourcentage. Plus le glaçon est petit, plus la quantité retirée diminue, d’où la décroissance naturelle des annuités. Pour sécuriser vos calculs, il est recommandé de suivre précisément la VNC dans un tableau d’amortissement détaillé, en vérifiant chaque année la cohérence entre le taux dégressif appliqué et le montant cumulé des dotations.
Formule mathématique et calcul pratique du taux d’amortissement dégressif
Après avoir identifié le coefficient applicable, vient la question centrale : comment calculer concrètement le taux d’amortissement dégressif et les annuités à comptabiliser ? La méthode reste simple si l’on respecte rigoureusement les étapes. Vous déterminez d’abord le taux linéaire, puis vous appliquez le coefficient fiscal, et enfin vous tenez compte, le cas échéant, du prorata temporis pour la première année. Les exercices suivants, le même taux dégressif est appliqué à la valeur nette comptable résiduelle, jusqu’au point de bascule où le mode linéaire devient plus avantageux.
Détermination du taux dégressif : taux linéaire multiplié par le coefficient fiscal
La formule de base pour déterminer le taux d’amortissement dégressif est la suivante : taux dégressif = taux linéaire × coefficient fiscal. Le taux linéaire s’obtient en divisant 100 par la durée d’utilisation exprimée en années. Par exemple, pour un bien amortissable sur 5 ans, le taux linéaire est de 20 %. En appliquant un coefficient de 1,75, on obtient un taux dégressif de 35 %. Ce taux unique sera utilisé pour calculer toutes les annuités dégressives, tant que ce mode reste plus favorable que le linéaire sur la durée résiduelle.
Dans la pratique, il est judicieux de documenter ce calcul dans votre dossier de travail comptable, en précisant la durée d’usage retenue, le taux linéaire, le coefficient applicable et le taux dégressif résultant. En cas de contrôle fiscal, vous pourrez ainsi démontrer que le choix du mode dégressif repose sur une base rationnelle et conforme aux textes. Vous pouvez également simuler, dès l’origine, l’évolution des dotations d’amortissement selon les deux méthodes pour visualiser l’impact sur votre résultat fiscal et votre trésorerie.
Application du prorata temporis pour la première annuité d’amortissement
Lorsque l’immobilisation est acquise en cours d’exercice, la première annuité d’amortissement dégressif doit être calculée au prorata temporis, en mois complets. Le point de départ est fixé au premier jour du mois de mise en service du bien, et non à la date exacte d’acquisition. La formule pratique devient alors : annuité N = base amortissable × taux dégressif × (nombre de mois / 12). Si vous mettez en service une machine le 10 mars et clôturez vos comptes au 31 décembre, vous retiendrez 10 mois d’amortissement (de mars à décembre inclus).
Ce prorata temporis permet de respecter le principe de fidélité de l’image comptable, en ne constatant des dotations qu’à partir du moment où le bien est effectivement utilisé. Veillez toutefois à bien aligner votre paramétrage comptable (dans votre logiciel) sur cette règle de calcul mensuelle, afin d’éviter des écarts entre vos états internes et la base de calcul retenue pour votre liasse fiscale. Là encore, un tableau d’amortissement bien construit reste votre meilleur allié pour sécuriser vos chiffres.
Calcul des annuités successives sur la valeur nette comptable résiduelle
À partir du deuxième exercice, le calcul des annuités suit une mécanique répétitive : vous appliquez le même taux dégressif à la valeur nette comptable en début d’année. La formule devient : annuité N+1 = VNC début N+1 × taux dégressif. La VNC de début d’exercice correspond à la VNC de fin d’exercice précédent, après prise en compte de l’amortissement. Ainsi, plus vous avancez dans le temps, plus la base diminuée entraîne des dotations plus faibles.
Pour garder une vision claire, il est fortement recommandé d’utiliser un tableau récapitulatif mentionnant, pour chaque exercice : la base de calcul, le taux appliqué, le montant de l’annuité, le cumul des amortissements et la VNC en fin d’année. Ce tableau d’amortissement dégressif vous permettra non seulement de produire vos comptes annuels, mais aussi de simuler des investissements futurs et d’anticiper leur impact fiscal sur plusieurs exercices. Avez-vous déjà testé la comparaison entre plusieurs plans d’amortissement pour un même investissement stratégique ?
Point de bascule vers l’amortissement linéaire : identification du moment optimal
La réglementation autorise, à partir d’un certain stade, de basculer du mode dégressif au mode linéaire, dès lors que ce dernier devient plus favorable. Concrètement, à la clôture d’un exercice, vous comparez l’annuité calculée selon la méthode dégressive avec celle que vous obtiendriez en appliquant le mode linéaire à la VNC restante, sur la durée d’utilisation encore à courir. Si le montant linéaire est supérieur, vous pouvez (et devez en pratique) adopter ce nouveau mode pour les exercices suivants.
Ce « point de bascule » constitue un levier d’optimisation important, car il vous permet d’éviter une sous-déduction d’amortissement sur les dernières années, alors que le bien est toujours en service. D’un point de vue opérationnel, la comparaison est assez simple : annuité linéaire résiduelle = VNC / nombre d’années restantes. Dès que cette annuité dépasse l’annuité dégressive, le passage au linéaire est justifié. Une bonne pratique consiste à intégrer cette vérification dans votre process de clôture annuelle, afin de ne pas laisser « dormir » un potentiel d’économie fiscale sur la durée résiduelle du bien.
Exemple détaillé de tableau d’amortissement dégressif sur 5 ans
Pour concrétiser ces principes, rien ne vaut un exemple chiffré. Imaginons une entreprise industrielle qui acquiert, en 2024, une machine de production stratégique. Comment construire, étape par étape, le tableau d’amortissement dégressif sur 5 ans et identifier le moment optimal de bascule vers le linéaire ? Cet exemple vous servira de modèle pour élaborer vos propres plans d’amortissement, avec la même logique de calcul.
Cas pratique : machine industrielle de 100 000 euros acquise en mars 2024
Supposons qu’une machine industrielle neuve soit acquise pour un montant total de 100 000 € HT (frais de livraison et de mise en service inclus) et mise en service en mars 2024. Sa durée normale d’utilisation est estimée à 5 ans. Le taux linéaire est donc de 20 % par an (100 / 5). Cette immobilisation est éligible à l’amortissement dégressif avec un coefficient de 1,75, ce qui conduit à un taux dégressif de 35 % (20 % × 1,75). L’exercice comptable coïncide avec l’année civile, clôturée au 31 décembre.
La première annuité dégressive doit être calculée au prorata de la période de mars à décembre, soit 10 mois sur 12. Nous appliquerons donc la formule : 100 000 × 35 % × (10/12) pour déterminer l’amortissement de 2024. Les exercices suivants, le taux de 35 % sera appliqué à la valeur nette comptable résiduelle au début de chaque année, jusqu’au point où le mode linéaire sur la durée restante deviendra plus intéressant.
Calcul année par année des dotations aux amortissements dégressifs
En 2024 (année 1), l’annuité dégressive est égale à 100 000 × 35 % × (10/12), soit 29 167 € (arrondi). La valeur nette comptable en fin d’exercice est donc de 70 833 €. En 2025 (année 2), l’annuité est calculée sur cette VNC : 70 833 × 35 % ≈ 24 792 €, ce qui ramène la VNC de fin 2025 à environ 46 041 €. En 2026 (année 3), l’amortissement dégressif est de 46 041 × 35 % ≈ 16 114 €, laissant une VNC de 29 927 €.
Vous observez ici l’effet naturel de la méthode dégressive : des dotations élevées au départ, puis de plus en plus réduites. Toutefois, ce calcul ne tient pas encore compte du point de bascule potentiel vers le linéaire. À ce stade, il est nécessaire de comparer, pour 2027, l’annuité dégressive théorique avec l’annuité linéaire sur la durée restante, afin de vérifier s’il est opportun de changer de méthode.
Passage à la méthode linéaire en année 4 : calcul du seuil de rentabilité fiscale
À l’ouverture de 2027 (année 4), la VNC de la machine est de 29 927 €. Il reste alors deux années d’utilisation (2027 et 2028). L’annuité linéaire résiduelle serait donc de 29 927 / 2 ≈ 14 964 € par an. Si l’on poursuivait en pur dégressif, l’annuité 2027 serait de 29 927 × 35 % ≈ 10 474 €, inférieure au montant linéaire. Conformément aux règles fiscales, l’entreprise a donc intérêt à basculer sur le mode linéaire dès 2027, afin de maximiser la déduction d’amortissement sur les années restantes.
En pratique, les annuités d’amortissement retenues seront donc de 14 964 € en 2027 et 14 963 € en 2028 (après ajustement des arrondis), ce qui permet d’amortir intégralement la valeur de 29 927 € sur ces deux dernières années. Ce passage à la méthode linéaire constitue un véritable « seuil de rentabilité fiscale » : il garantit que la charge d’amortissement reste la plus élevée possible sur la durée totale, sans jamais devenir inférieure à ce que permettrait un amortissement linéaire classique.
Comparaison financière avec un tableau d’amortissement linéaire équivalent
Pour bien mesurer l’intérêt de l’amortissement dégressif, comparons ce plan avec un amortissement purement linéaire de 100 000 € sur 5 ans, sans prorata (hypothèse simplificatrice). En linéaire, l’annuité serait de 20 000 € chaque année. Sur les trois premières années, la méthode dégressive (29 167 €, 24 792 €, 16 114 €) permet de déduire au total environ 70 073 €, contre 60 000 € en linéaire. L’écart de 10 000 € de charges supplémentaires réduit d’autant le résultat imposable sur cette période.
Sur l’ensemble des 5 années, le montant total amorti reste naturellement identique (100 000 €), mais la répartition dans le temps est très différente. L’amortissement dégressif « avance » la déduction dans les premières années, ce qui améliore la trésorerie à court terme grâce à une économie d’impôt immédiate. C’est précisément ce décalage temporel, sans impact sur le montant global, qui fait de l’amortissement dégressif un outil d’optimisation fiscale et de gestion du cash-flow, en particulier pour les entreprises en phase d’investissement ou de croissance.
Comptabilisation et écritures comptables de l’amortissement dégressif
Sur le plan technique, la mise en œuvre de l’amortissement dégressif ne se limite pas au calcul des annuités. Il faut également assurer une comptabilisation correcte, conforme au Plan Comptable Général, en distinguant l’amortissement économique (comptable) de l’amortissement fiscal. Dans de nombreux cas, l’utilisation du mode dégressif conduit à constater des amortissements dérogatoires, qui traduisent l’écart entre la norme comptable et le régime fiscal de faveur. Comment organiser vos écritures pour refléter clairement ces mécanismes ?
Comptes 28 : enregistrement des amortissements dans le bilan comptable
Les amortissements des immobilisations sont enregistrés en comptes de la classe 28, qui viennent en déduction de la valeur brute des biens à l’actif du bilan. Pour une machine industrielle, on utilisera par exemple le compte 28154 – Amortissements du matériel industriel. Chaque année, la dotation d’amortissement (qu’elle soit calculée en mode linéaire ou dégressif) vient augmenter le solde du compte 28 concerné, réduisant d’autant la valeur nette comptable de l’immobilisation.
Dans un contexte d’amortissement dégressif, la logique reste identique : la partie de l’amortissement considérée comme « comptable » (souvent calculée en linéaire sur la durée d’utilisation) est inscrite en compte 28, tandis que la partie excédentaire liée au régime fiscal (amortissement dérogatoire) est enregistrée dans un compte spécifique du passif. Cette dissociation permet de présenter une image fidèle de la consommation des avantages économiques du bien, tout en tenant compte des avantages fiscaux accordés par la loi.
Compte 68 : dotations aux amortissements dans le compte de résultat
Les dotations aux amortissements sont comptabilisées en charges d’exploitation dans le compte 6811 – Dotations aux amortissements sur immobilisations corporelles. Cette dotation représente l’amortissement économique du bien, généralement calculé en mode linéaire au regard de la durée probable d’utilisation. Elle vient diminuer le résultat comptable de l’exercice et, par conséquent, le résultat fiscal, dans la limite de ce que la loi permet de déduire.
Lorsque l’entreprise pratique un amortissement dégressif à des fins fiscales, une partie de cette dotation supplémentaire est saisie dans un compte distinct, le 68715 – Dotations aux amortissements dérogatoires, qui n’affecte pas directement la valeur nette comptable de l’immobilisation. Cette ventilation fine permet de distinguer la charge « normale » liée à l’usure du bien de la charge « dérogatoire » liée au régime de faveur. En cas de variation ultérieure entre amortissement comptable et fiscal, des reprises peuvent intervenir via le compte 78715 – Reprises sur amortissements dérogatoires.
Gestion de l’amortissement dérogatoire et du compte 145
L’amortissement dérogatoire, qui résulte de la différence entre l’amortissement fiscal (dégressif) et l’amortissement comptable (souvent linéaire), est enregistré au passif du bilan dans le compte 145 – Amortissements dérogatoires. Ce compte reflète, en quelque sorte, un passif latent vis-à-vis de l’administration fiscale : l’entreprise a bénéficié d’une déduction anticipée, qu’elle « remboursera » progressivement via des dotations comptables supérieures aux dotations fiscales sur les dernières années.
En pratique, lorsque l’amortissement dégressif fiscal est plus élevé que l’amortissement comptable, l’écart est enregistré en dotation d’amortissement dérogatoire (compte 68715 au débit, compte 145 au crédit). Plus tard, lorsque l’effet s’inverse (amortissement comptable > amortissement fiscal), cet écart est repris (compte 145 au débit, compte 78715 au crédit). Cette gestion fine exige une bonne coordination entre votre expert-comptable et votre responsable financier, mais elle vous permet de bénéficier pleinement du levier fiscal tout en préservant une information financière fiable et transparente.
Avantages fiscaux et optimisation de la trésorerie par l’amortissement dégressif
Au-delà des aspects techniques, l’amortissement dégressif doit être appréhendé comme un véritable outil de pilotage financier. En accélérant la déduction fiscale des investissements, il modifie le profil de vos charges dans le temps et impacte directement votre trésorerie. Utilisé à bon escient, il peut soutenir vos projets de croissance, sécuriser vos flux de trésorerie et améliorer votre capacité à financer de nouveaux équipements. La question centrale devient alors : dans quels cas ce mode d’amortissement crée-t-il le plus de valeur pour votre entreprise ?
Économie d’impôt sur les sociétés lors des premières années d’exploitation
Le premier bénéfice de l’amortissement dégressif réside dans l’économie d’impôt immédiate qu’il génère. En concentrant une part importante de l’amortissement sur les premières années, vous réduisez votre résultat imposable à l’impôt sur les sociétés (IS) ou à l’impôt sur le revenu (régime BIC). Pour une entreprise imposée à 25 %, chaque 10 000 € d’amortissement supplémentaire en début de période se traduit par 2 500 € d’impôt en moins pour l’exercice concerné.
Cette économie ne constitue pas un « cadeau définitif », mais plutôt un décalage dans le temps : vous amortissez davantage au départ et moins ensuite. Cependant, dans un contexte d’investissement massif ou de lancement d’activité, ce différé peut faire la différence entre une trésorerie tendue et une trésorerie maîtrisée. En pratique, de nombreuses PME utilisent l’amortissement dégressif pour amortir fiscalement leurs investissements à un rythme plus proche de la réalité économique de l’usure de leurs équipements.
Impact sur la capacité d’autofinancement et le cash-flow opérationnel
En réduisant l’impôt payé au cours des premières années, l’amortissement dégressif améliore mécaniquement la capacité d’autofinancement de l’entreprise. Les flux de trésorerie opérationnels (ou cash-flows) sont renforcés, ce qui permet de financer plus facilement le renouvellement des équipements, le remboursement des emprunts ou le développement commercial. Pour une entreprise en pleine croissance, ce surcroît de trésorerie peut représenter un avantage concurrentiel réel.
On peut comparer ce mécanisme à un rééchelonnement de dettes : vous ne payez pas moins d’impôts au total, mais vous les payez plus tard, lorsque votre activité sera mieux assise et que votre rentabilité aura augmenté. Cette logique est particulièrement pertinente pour des investissements technologiques lourds, où la valeur ajoutée et les gains de productivité sont plus importants au démarrage. Avez-vous déjà évalué l’impact d’un changement de méthode d’amortissement sur votre plan de trésorerie à 5 ans ?
Stratégies d’investissement pour PME et ETI utilisant l’amortissement dégressif
Pour les PME et les ETI, l’amortissement dégressif peut s’inscrire dans une stratégie d’investissement globale. Il est particulièrement intéressant lorsque l’entreprise prévoit un programme d’investissements récurrents dans des équipements industriels ou informatiques, avec des renouvellements réguliers. Dans ce cas, les dotations dégressives des nouveaux investissements viennent compenser la diminution des amortissements sur les anciens actifs, ce qui contribue à lisser la charge fiscale dans le temps.
Une approche pragmatique consiste à intégrer, dans chaque projet d’investissement, une simulation comparant l’amortissement linéaire et l’amortissement dégressif, tant sur le plan fiscal que sur le plan de trésorerie. Vous pouvez ainsi arbitrer en fonction de vos priorités : optimisation de la charge d’impôt à court terme, lissage des résultats, respect de covenants bancaires, etc. En cas de doute, l’accompagnement d’un expert-comptable ou d’un DAF externalisé vous aidera à transformer ce mécanisme technique en véritable levier stratégique au service de la solidité financière de votre entreprise.